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Disneyland Paris : il y a 30 ans, bronca sur l'invasion culturelle américaine - Le Figaro

LES ARCHIVES DU FIGARO – Lors de l'ouverture du parc d'attractions en France le 12 avril 1992, des intellectuels dénoncent un «Tchernobyl culturel».

Un «Tchernobyl culturel». L'accusation était forte, elle est restée dans les mémoires. Quand il fut établi que la France allait accueillir sur son territoire un parc d'attraction de la firme américaine Walt Disney, intellectuels, artistes, politiques poussèrent des cris d'orfraie. Si Ariane Mnouchkine compara le projet à la plus grande catastrophe nucléaire au monde, d'autres rivalisèrent d'esprit pour qualifier l'arrivée de Mickey sur les terres de Molière. En retour, le patron d'Euro Disney dénonçait le «rétrécissement moral de la France». Retour sur la polémique.

Le 12 avril 1992, le parc Euro Disney, renommé depuis Disneyland Paris, s'apprête à ouvrir ses portes. Les visiteurs sont impatients, les actionnaires encore heureux avant la longue débâcle boursière et les acteurs du chantier colossal de Marne-la-Vallée soulagés après cinq ans de travaux. «À l'aube de l'an 2000 nous verrons se réaliser notre vieux rêve pour l'Ile-de-France : une mégalopole tertiaire», avait promis Michel Giraud, le président de région lors de la signature de la convention entre l'État français et Walt Disney en 1987.

Haro sur l'infantilisation de la culture

Certains, cependant, font grise mine. Quelques jours plus tôt, Le Figaro Littéraire consacre pas moins de deux pages à l'affaire qui agite l'intelligentsia : « Euro Disneyland, une menace d'invasion culturelle ?»

J'appelle de tous mes vœux un mai 92 qui mettrait le feu à Disneyland.

Jacques Julliard

L'écrivain Jean Cau sonne la charge, dénonçant cette «greffe cancéreuse, sur des millions de jeunes cobayes, d'une non-mémoire, d'un imaginaire de consommation, charriant un infantilisme cyniquement fabriqué.» Une infantilisation tout autant vilipendée par le philosophe André Comte Sponville tandis que Jacques Julliard souhaite l'échec de tous ces parcs de loisirs, regrettant que «le loisir, l'imagination soient aujourd'huiparqués, tarifés, programmés». «J'appelle de tous mes vœux un mai 92 qui mettrait le feu à Disneyland», ajoute l'essayiste, chroniqueur aujourd'hui au Figaro .

Extrait du Figaro littéraire du 6 avril 1992 Le Figaro

D'autres sont plus nuancés. Philippe Labro choisit de faire confiance aux enfants et Michel Tournier ne voit pas Euro Disney comme une «invasion» américaine, mais plutôt comme «un retour aux sources européennes de l'âme américaine».

La polémique se porte aussi sur le droit du travail quand les syndicats et l'Inspection du travail dénoncent les interdits édictés par la société aux nouveaux embauchés : la moustache et la barbe pour les hommes. Et pour les femmes le rouge à lèvres foncé ou nacré, les pantalons en cuir, les jupes courtes, les collants ou bas fantaisie, les faux cils, le fard à paupières ou, encore, l'eye-liner.

Au PC comme au Front national, se développe un langage de haine qui ne peut que dérouter les amis de la France et de sa culture.

Robert Fitzpatrick, PDG d' Euro Disney.

Et que répond l'accusé à ces attaques ? Le président d'Euro Disney, Robert Fitzpatrick, ne se laisse pas démonter. «Je suis pervers : j'adore la France !», confie-t-il au Figaro le 9 avril. Balayant les accusations de discrimination, l'Américain s'amuse de l'élitisme hexagonal : «Selon vous, si on aime ceci, on ne doit pas aimer cela. C'est ridicule ! Mes enfants vont à l'Opéra Bastille ou aux spectacles d'Ariane Mnouchkine, à la Cartoucherie. Mais ils se rendent aussi dans les concerts de rock et adorent les parcs Disney pour s'amuser. Je ne vois pas la contradiction.» Plus sérieux, il pointe le «rétrécissement moral de la France»: «Au PC comme au Front national, se développe un langage de haine qui ne peut que dérouter les amis de la France et de sa culture.» Quant aux intellectuels qui sont vent debout contre Mickey, ce sont des amis qui ne se privent pas «de lui demander des places en douce», rigole le futur président du Musée d'Art Contemporain de Chicago.

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